60 millions de consommateurs pointe les dérives des assurances obsèques – Legi Capital
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60 millions de consommateurs pointe les dérives des assurances obsèques

(Publié par : Le Figaro)

Les souscripteurs de ces contrats sont en moyenne perdants sur toute la ligne, puisque le capital perçu après le décès est le plus souvent inférieur au capital versé.

Pour être «gagnant» d’un contrat assurance obsèques… mieux vaut mourir jeune! C’est la conclusion d’une étude publiée ce jeudi par le magazine 60 millions de consommateurs, qui a passé au crible 8 contrats de ce type proposés par les poids lourds du secteur.

Ces assurances proposent le versement, après le décès du souscripteur, d’un capital à ses héritiers destiné à financer les obsèques, et leur offrent une assistance matérielle lors de cette période difficile. Dans la pratique, tous les contrats ne tiennent cependant pas leurs promesses et le souscripteur est souvent perdant. En moyenne, selon les calculs du magazine, un assuré de 62 ans devra en effet débourser 4815 euros pour que ses héritiers perçoivent 3838 euros.

Dans le détail, l’intérêt du contrat obsèque dépend de la formule choisie par le souscripteur: il peut payer en une fois au moment de la souscription, effectuer des versements mensuels sur cinq, dix ans ou quinze ans, ou encore de payer chaque mois jusqu’au décès – environ 20 euros dans le cas d’un assuré de 62 ans.

«Une assurance, pas une épargne»

Les cas où les héritiers perçoivent après la mort un capital supérieur au capital versé ne sont in fine pas légion: seul le contrat Predica du Crédit agricole prévoit par exemple 3394 euros de versement initial pour 4000 euros reversés après le décès. La Banque postale, la Macif et la Mutac n’assurent de leur côté qu’un versement identique au capital versé au départ en une fois. Une option peu intéressante, dans la mesure où la valeur réelle de ce capital est grignotée par l’inflation et la hausse continue des frais de succession.

Et dans le pire des cas la somme perçue est finalement inférieure: Groupama comme Malakoff Médéric ne versent après le décès du souscripteur qu’une somme moindre à celle initialement versée. Quant à ceux qui ont choisi de payer en plusieurs fois, ils ne sont gagants que dans le cas où la date de leur décès intervient plus tôt que la moyenne. Un client de 62 ans décédé à 85 ans aura par exemple perdu 601 euros en cas de versements sur dix ans auprès de la Banque Postale, et 1435 euros s’il avait choisi le versement à vie.

La banque se défend cependant de faire faire une mauvaise affaire à ses clients. «C’est une assurance, pas une épargne, explique la Banque Postale. Comme pour tout contrat d’assurance, le souscripteur court le risque de payer à fonds perdus. Heureusement pour les clients, ils n’ont pas systématiquement un dégât des eaux s’ils souscrivent une assurance habitation. De la même façon, ils peuvent décéder à un âge avancé et verser davantage que le capital garanti après le décès, ou mourir au contraire tôt et avoir versé peu».

Pour Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet Facts & Figure, ces contrats peuvent même s’avérer des solutions d’assurance intéressantes pour organiser ses obsèques à l’avance, à condition de préférer un versement mensuel sur une dizaine d’années plutôt qu’un versement unique ou un versement à vie. «La faiblesse des taux d’intérêt fait que les assureurs gagnent aujourd’hui très peu d’argent en faisant fructifier le capital versé par les assurés. Et comme ils soustraient des frais de gestion, le capital garanti après le décès s’avère faible. Il faut également faire attention au montant des frais pratiqués, qui peuvent être très importants, et atteindre entre 5% et 10% des sommes versés sur certains contrats. Globalement, plus les versements sont nombreux, plus les frais sont importants».

4 millions de contrats souscrits

Encore faut-il que les héritiers puissent ensuite réellement percevoir les fonds promis. C’est le deuxième écueil pointé du doigt par l’association de consommateurs. De nombreux contrats exigent en effet pléthore de documents pour débloquer le capital. Malakoff Médéric demande par exemple l’original du contrat: pas forcément évident à trouver pour les héritiers, si celui-ci a été conclu plusieurs années, voire parfois plusieurs décennies auparavant!

Les réclamations, pour autant, ne sont pas fréquentes. «Le contexte de l’utilisation de l’assurance obsèques n’y est pas propice. Les héritiers saisissent de surcroît rarement la justice car les sommes en jeu n’en valent souvent pas la chandelle», explique Charles Le Corroller, juriste à l’Institut national de la consommation (INC). Autant de facteurs qui expliquent que ces contrats continuent à être populaires. Plus de 4 millions de personnes en ont déjà souscrit, pour des cotisations atteignant l’année dernière 1,3 milliard d’euros selon la Fédération française de l’assurance.

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